Nuria Labari: « Le discours théorique (actuel) sur l’amitié n’est pas consolant »
En publiant récemment un essai intitulé *: « L’amie qui m’a quittée: Anatomie d’une rupture », l’auteure espagnole, Nuria Labari affirme s’est engagée à comprendre pourquoi la perte d’une amitié puissante, qui n’est certes pas une relation amoureuse, à l’image de celle que nous entretenons avec un amant, un partenaire ou un époux, ne bénéficie pas de la même recherche pour en saisir les fondements et les dégâts qu’elle peut causer dans l’état psychologique et mental de la personne qui est abandonnée.
Nuria Labari reconnaît que ses questionnements n’ont pas trouvé des réponses convaincantes. Même quand elle a plongé dans les réflexions de géants tels que Platon et Socrate. Une difficulté compréhensible, constate l’auteure « dans une société post-capitaliste où l’intérêt est le fil conducteur qui tisse les relations, d’Instagram aux opportunités professionnelles en passant par les invitations à la dernière soirée« .

La native du Pays basque (46 ans ) est titulaire d’un doctorat en relations internationales. Elle est chroniqueuse dans la presse écrite à El-Pais notamment depuis 2018 et directrice adjointe des contenus de la chaîne Mediaset España.
Nouvelliste, elle a connu un certain succès avec son recueil « Los borrachos de mi vida » (« Les ivrognes de ma vie »). En 2016, elle publie son premier roman, « Cosas que brillan cuando están rotas » inspiré des attentats terroristes du 11 mars 2004 à Madrid. Son roman « La mejor madre del mundo« .est paru trois ans plus tard.
Notre rubrique
‘Leur dernier mot ».
« La première impulsion est la blessure. Je commence à chercher du réconfort pour une blessure d’amitié – ou une blessure d’amour, appelez-la comme vous voulez – et je découvre qu’il n’y a pas de place pour cette histoire. Je constate qu’il existe un discours sur l’amitié qui n’a jamais été remis en question et qui est aussi très éloigné de l’expérience, du corps et de la douleur. Nous avons analysé les relations amoureuses bien plus que tout autre type de lien, et je me rends compte qu’il existe des relations fondamentales dont nous ne savons presque rien. Je trouve que le discours théorique sur l’amitié, aussi sophistiqué soit-il, n’est pas consolant…
« Je pense qu’il y a deux urgences. D’une part, l’intime, le plus personnel. J’ai écrit ce livre un peu par honte et par culpabilité, pensant être la seule à être larguée par mes amis. Je me croyais une rareté. Et j’ai découvert que non, il y a beaucoup de femmes qui se font larguer. J’ai été particulièrement surprise par mes amies écrivaines. Malgré leurs différences, toutes n’ont pas vécu la rupture d’une amitié, mais aussi ce deuil et ce manque de mots.
» Mais, au-delà du fait personnel, je pense que c’est aussi collectif pour différentes raisons. La première est que, traditionnellement, nous sommes les gardiennes des liens. Nous portons les liens de nos familles, de nos partenaires, de nos enfants, nous planifions les anniversaires, nous nous souvenons de tout. Mais combien de fois avons-nous protégé nos propres liens ? Je pense qu’il y a une forme d’empowerment à se rappeler ce qui est en première ligne et à réaliser que les nôtres comptent aussi. Mais je pense aussi qu’il y a une révolution dans les relations que nous, les femmes, inaugurons, et c’est ce qui va véritablement changer le XXIe siècle… »
(Propos extraits de l’entretien paru le 24 octobre dans es colonnes du quotidien espagnol El Pais )
*La amiga que me dejó (Serie ENDEBATE)Anatomía de una ruptura – ebook (ePub)

Commentaires