Cinéma:Valeria Bruni-Tedeshi est «Eleonora Duse »
« Éleonora Duse » est le nouveau biopic et pépite du talentueux réalisateur italien Pietro Marcello Et pour confier l’interprétation de l’histoire de la formidable actrice transalpine qui avait marqué l’histoire théâtre et des arts dans son pays au début des années à la fin du 19e siècle et au début du siècle suivant, le rôle a été confié à sa compatriote la talentueuse Valeria Bruni-Tedeshi. Un film solide sur les rapports parfois sulfureux entre le monde des arts et le pouvoir.

Mais qui était la Eleonora ? La native (1858 ) de Vigevano dans la province de Pavie en Lombardie, a connu deux périodes distinctes dans sa carrière artistique. La première entre 1880 et 1900 fut rayonnante et lui permit d’être considérée comme la plus illustre comédienne de théâtre de son pays. Contemporaine de Sarah Bernhardt, elle fut clairement comparée à l’illustre française laquelle régnait sur un Paris culturel bouillonnant d »événements multiples d’une étonnante créativité.
Cependant, c’est sur la deuxième partie du parcours de l’artiste, les dix dernières années de sa vie (1914-1924), que s’est concentré le réalisateur. La période qui correspond à la tentative d’Eleonora de revenir sur la scène après une parenthèse vide qui avait duré une douzaine d’années et l’avait écarté de l’actualité. Cette longue absence correspondait à la première guerre mondiale qui avait mit l’Europe à feu à sang et avait ruiné, dans le vrai sens du terme, la vie de celle qui avait connu la gloire et les honneurs.
Le film raconte les efforts considérables faits par la tragédienne déchue et un peu oubliée pour d’épouser à nouveau l’air du temps. Vieillie, rongée petit à petit par la tuberculose, ruinée financièrement, suite à la la banqueroute de la Bank of Berlin, Eleonora va livrer des combats presque perdus d’avance et faire des choix artistiques et politiques dangereux. À l’image de la relation intellectuelle puis sentimentale entretenue à partir de 1894 avec le redoutable poète et romancier , Gabriele d’Annunzio. Elle avait alors clairement épousé la cause du fascisme naissant et très inquiétant.

Toutefois, il est important de souligner que Valeria Bruni -Tedeshi, qui campe le rôle de la Lombarde avec une réussite reconnue par la plupart des critiques ayant vu le film, lesquels lui promettent même quelques récompenses individuelles à venir, conteste la comparaison entre les deux géantes du théâtre : « Sur l’affiche, il y a écrit, qu’elle est la Sarah Bernhardt italienne, mais en fait, ce n’est pas du tout ça. Elle a révolutionné le jeu de l’acteur, elle a compris quelque chose de la modernité du jeu de l’acteur qui jusque-là était dans l’imitation des émotions». Et même si elle fut vraiment sa contemporaine. Née quatorze ans après la Française (1844) , la star italienne décéda en 1924 soit un an seulement après la disparition de l’icône hexagonale.
Une chose est certaine, le choix du cinéaste Pietro Marcello de confier l’interprétation du rôle titre à la la fille d’une d’une compositrice et d’un compositeur de musique classique et d’opéra italien s’est avéré un choix judicieux comme l’affirment le magazine Cinémas-utopia dans ses colonnes : « Le cœur battant d’Eleonora Duse est bien sûr celle qui interprète le rôle titre : Valeria Bruni-Tedeschi. Avec son visage unique, ses traits fatigués livrés sans fard à notre regard, son jeu à fleur de peau, prêt à vaciller à tout instant, et ses yeux bleus lumineux, elle est littéralement habitée par ce rôle qui semble cousu pour elle, sur mesure et à la hauteur de son immense talent. Il fallait une interprétation plus grande que nature pour un tel personnage, et c’est le tour-de-force accompli par l’actrice qui est de toutes les scènes, intense, fantasque, divine. »
Et si tout le monde s’accorde pour dire que Valeria Bruni-Tedeshi s’est parfaitement glissée dans les habits impression- nants de la tragédienne. Celle qui a su habiter bien d’autres personnages marquants, n’hésite pas avouer qu’elle se reconnaît beaucoup dans les traits de La Duse: « Elle a une candeur que j’ai aussi. Comme elle, a-t-elle confié à l’hebdomadaire français Le Point, je donne toujours une deuxième chance aux gens. Je crois qu’en discutant avec ceux qui ne pensent pas comme moi, je vais réussir à les faire changer d’avis. Je le regrette parfois après coup mais je pense qu’on peut se rattraper quand on fait des erreurs. »
Avant de poursuivre : » Moi aussi, je suis très idéaliste. Je pense que l’empathie fait des miracles, mais on me rit au nez régulièrement. La Duse pense que le théâtre va lui permettre de toucher le cœur des gens, elle a l’intuition que c’est ainsi qu’elle pourra jouer un rôle politique. Le théâtre a ce pouvoir : il peut changer le monde ! «
@Fayçal CHEHAT
Synopsis : A la fin de la Première Guerre mondiale, alors que l’Italie enterre son soldat inconnu, la grande Eleonora Duse arrive au terme d’une carrière légendaire. Mais malgré son âge et une santé fragile, celle que beaucoup considèrent comme la plus grande actrice de son époque, décide de remonter sur scène. Les récriminations de sa fille, la relation complexe avec le grand poète D’Annunzio, la montée du fascisme et l’arrivée au pouvoir de Mussolini, rien n’arrêtera Duse « la divine ».

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