Christine Bard: « L’antiféminisme nie la possibilité même du consentement »
Christine Bard est l’auteure associée avec Mélissa Blais et Francis-Dupuis Déri de l’ouvrage « Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui ».Une somme parue il y a un mois chez PUF Éditions, quina valu à la native de Jeumont dans le nord de la France de très nombreuses sollicitations dans les médias.
Celle qui a fêté il y a quelques mois ses soixante ans est professeure à l’Université d’Angers spécialisée dans l’histoire des femmes, du genre, du féminisme et de l’antiféminisme. Ses écrits dans ce domaine sont nombreux. le spectre de ses recherches, de ses publications et autres conférences en France et à l’étranger , est très large : féminisme, jeunesse, sport, travail, médias, politique, sexualité vénale, vêtement, art, corps politique, folie… En 2018, elle est professeure Iinvitée de l’Université de New York.? F.C

Le résumé éditeur de « Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui «
« L’antiféminisme n’est pas une survivance du passé. Sous la forme du masculinisme, il resurgit avec force à l’échelle mondiale, en réaction à la troisième vague du féminisme, marquée par le spectaculaire #MeToo. Sur les droits des femmes et des minorités de genre ou sexuelles, le backlash est en marche, polarisant les opinions. Cette nouvelle édition prend la mesure du phénomène et s’enrichit de nouveaux chapitres qui traitent aussi bien de l’antiféminisme en ligne, des incels, des croisements entre antiféminisme et extrême droite que de la problématique du trumpisme, marqué par ses saillies masculinistes..
En analysant différentes expressions de l’opposition à l’émancipation des femmes depuis le XIXe siècle, les contributions réunies ici aident à mesurer la part de nouveauté des masculinismes contemporains, mais aussi les continuités avec des discours antiféministes plus anciens. Elles soulignent aussi les points de con-tact avec l’homophobie et le racisme sous la forme d’une intersection des haines. Un livre salutaire en ce temps de confusion.»
Notre rubrique : Leur dernier mot…
« L’antiféminisme a toujours existé, mais il évolue par vagues en fonction du contexte, voire par anticipation parfois, contre des droits que les femmes n’ont même pas encore acquis. Mobilisé contre le droit de vote des femmes, contre le droit à l’avortement, il s’attaque désormais aux luttes contre les violences sexuelles. La riposte consiste à défendre le droit des hommes à violer, à contester la prévention des violences sexistes et sexuelles, à protéger les agresseurs, à maintenir l’immunité et la disqualification de la parole des victimes, à nier la possibilité même du consentement, à continuer de promouvoir la culture du viol. L’imaginaire sexuel anti-féministe, prévoyant le libre accès au corps des femmes, doit être déconstruit.»
« Ce qui ls rassemble (ndlr, les antiféministes), c’est une même vision de la différence des sexes ancrée dans la nature, la biologie. Le hommes seraient supérieurs et les femmes seraient vouées à des fonctions sociales particulières liées à la reproduction. Ces mouvements promeuvent un natalisme offensif avec le refus de la mixité raciale, de l’avortement, dès la fin du XIXe siècle. Cette racialisation a trait à une conception chrétienne de l’Occident.On avait peut-être oublié, ces dernières années, à quel point l’anti-féminisme était lié à des politiques natalistes agressives, car le droit à l’avortement a été bien défendu en France, et les partis de droit ont évolué sur ce sujet. »
(Propos extraits de l’interview parue dans les colonnes du quotidien français Libération daté du 25 novembre 2025)

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