Esma Ben Said:Acropolia,pour une «révolution» de l’apprentissage

Esma Ben Said. Si vous cherchez le sens de son prénom qui claque comme un drapeau au vent, vous ne serez pas déçu. Il s’en faut. Et cela donne cette définition avantageuse. Dérivé de l’arabe « asma’a » signifiant « sublime, élevée » ou encore « précieuse, noble », Esma traduit « l‘aspiration à l’élévation spirituelle et à la distinction de l’âme avec une certaine douceur dans son retentissement ». Absolument tout ce qu’est, dans la vraie vie, notre invitée exceptionnelle : une femme  lumineuse, généreuse, beaucoup à l’écoute, à la fois franche du collier  et attachante .

Esma Ben Said, franco-tunisienne à la trentaine épanouie, correspond vraiment au signifiant décrit par le dictionnaire. Dans l’entretien qu’elle a accordé à Méditerranéennes Magazine , la native d’Eaubonne, dans la Val-d’Oise, n’élude aucun sujet. Elle évoque un parcours personnel et professionnel long comme le bras – en dépit de sa jeunesse – et riche comme un trésor amassé au prix d’efforts ni comptés ni mesurés.  Elle qui, jeune élève, avait commencé par contester l’école et surtout «le système d’enseignement dans lequel cela se faisait » est aujourd’hui  une professeur d’ université épanouie passée par hypokhâgne, khâgne, licence  de littérature, études de relations internationales et  d’intelligence stratégique.Et il y a aussi ce journalisme qu’elle  a découvert et adoré pratiquer  en travaillant de longues années dans une agence de presse.

Depuis quatre ans, cette méditerranéenne authentique, passionnée d’écriture, de théâtre, de danse, aux goûts musicaux  éclectiques, est plongée dans  la création  et le développement de la plateforme éducative Acropolia Aacademy.«Une aventure ambitieuse et novatrice qui propose des parcours d’apprentissage pertinents et utiles ».  Un système de formations multiples en ligne  où «l’apprenant devient acteur de son parcours, et non simple spectateur. » Elle nous en parle dans l’entretien qui suit.Avec méthode, bien sûr, mais également avec enthousiasme.  F.C 

Bonjour Esma Ben Said. C’est incroyable, dans un document de présentation de votre parcours, vous affirmez que, petite, vous détestiez l’école et vous donnez même des anecdotes qui décrivent les astuces que vous utilisiez pour être parfois renvoyée à la maison ?

Je dois rectifier cette phrase qui ne rend pas tout à fait justice à l’école. Ce n’est pas toute l’école et ce qu’elle transmet que je détestais. Puisque j’adorais apprendre, j’adorais retrouver mes camarades et jouer avec eux, j’adorais certaines matières (notamment les arts plastiques, le français, l’histoire) mais qu’est-ce que je détestais le système dans lequel cela se faisait !

D’abord l’enfermement dans une salle, à être alignée comme des boîtes de conserve. Devoir y passer 8 heures. Rester toujours assise, à écouter pendant des heures des profs (j’avais souvent la tête dans les nuages ou alors je bavardais pas mal). Jouer à heure fixe pour 10 minutes de récréation, manger à la cantine et ne pas trouver de dessert si on sortait trop tard de cours. Et me réveiller beaucoup trop tôt !

Vraiment, j’ai beaucoup souffert de ça. Donc j’ai commencé à sécher les cours très jeune. Dès le CP. Je mettais ma tête sur le radiateur pour dire que j’avais de la fièvre. Je disais souvent que j’avais de forts maux de ventre, au point que le médecin venait à la maison, et au collège j’écrivais mes propres mots d’absence à la place de mes parents pour justifier des absences : je disais toujours que j’avais la gastro. (J’espère que mes parents ne vont pas lire cette interview. Rires). Vraiment, je vivais mal cette entrave à mon besoin de liberté, de mouvement et de sens. J’ai vite développé une résistance intuitive à ce modèle que je n’aimais pas.
Comment avaient réagi vos parents face à cette défiance que vous manifestiez vis-à-vis de l’enseignement classique ?
Je crois que ni mes parents, ni les enseignants, ni même mes camarades ne se rendaient compte de cette défiance que j’avais. J’arrivais facilement à donner le change. Mes parents n’étaient pas derrière mon dos pour les devoirs, ils me «jugeaient » aux résultats. J’étais une élève moyenne, qui ne faisait pas trop de vagues, et qui pouvait être plutôt bonne voire excellente dans les matières qui m’intéressaient vraiment (la littérature, l’histoire, la philo) comme nulle dans les matières qui ne m’intéressaient pas (je ne compte plus les 4 en maths !). Je me débrouillais, j’avais des amis, j’étais très sociable, mais dans le fond, j’étais très souvent ailleurs. Je vivais pas mal dans mes pensées. Et je me souviens que je comparais souvent l’école à un supermarché. Tout est contrôlé, aligné, fade.
À  l’évidence, vous n’aviez pas tout lâché puisque vous avez mené à bien des formations en relations internationales et en journalisme, avant de devenir pendant des années la rédactrice en chef du desk Afrique de l’Agence Anadolu ?
À noter : j’ai fait hypokhâgne, khâgne avant ma licence de lettres modernes, puis les relations internationales et de la géo-économie et intelligence stratégique (mais pas de formation en journalisme).
Oui, paradoxalement, j’ai toujours eu un immense respect pour le savoir et j’ai toujours eu une soif d’apprendre de nouvelles choses en permanence. Et puis j’avais mes parents qui me disaient que c’était important d’avoir des diplômes pour choisir ma vie. J’ai donc vite compris qu’il fallait composer avec ce système qui ne me plaisait pas pour pouvoir, un jour, le transformer.
Après ma prépa littéraire (hypokhâgne et khâgne), une année en licence de lettres modernes, je me suis lancée dans des études en relations internationales et en géo-économie et intelligence stratégique. Là, j’ai adoré mes études ! Deux jours de cours par semaine avec des experts en tout genre. Pas d’ennui, pas de routine. Et ça m’a donné le tempo pour la suite de ma vie : j’ai fait plein de métiers passionnants : d’abord dans la politique en contexte post-révolutionnaire en Tunisie. Puis j’ai enchaîné dans l’enseignement et enfin dans le journalisme. C’était un chemin qui me ressemblait : une façon d’apprendre sans arrêt, d’être dans le réel, dans la parole, dans l’humain. J’ai adoré cette période : les enquêtes, les débats, les nuits blanches à réécrire des dépêches. J’étais jeune, idéaliste, et persuadée que comprendre le monde pouvait le changer.

«Le journalisme m’a appris  l’écoute et la nuance »

Vous avez aimé, je crois, ces années de journalisme. Quel est l’héritage de cette grande expérience médiatique ? Qu’avez-vous appris de décisif de cette confrontation avec les réalités du monde et qui vous sert dans votre nouveau projet ?
Le journalisme m’a appris deux choses essentielles : l’écoute et la nuance. C’est un métier qui vous apprend que la vérité n’est jamais unique. Cette expérience m’a aussi donné une rigueur : vérifier, recouper, contextualiser, aller à l’essentiel et aiguiser son esprit critique. J’ai développé cette capacité à raconter des histoires complexes de manière accessible. Et surtout, elle m’a donné le goût des histoires vraies, de la transmission. Toute cette expérience m’a formée, et m’est utile aujourd’hui dans ma vie d’entrepreneure.
 Paradoxalement, vous, la contestataire née de l’enseignement classique, avez fini par enseigner les enjeux contemporains des médias à la Sorbonne Nouvelle en Master 2 de journalisme…
C’est le plus grand clin d’œil du destin ! (rires) Je crois que j’enseigne justement parce que j’ai détesté apprendre de manière rigide. J’ai commencé à enseigner en 2013 et depuis j’ai toujours eu en tête une même promesse : que mes étudiants ne s’ennuient jamais.
À la Sorbonne, je les accompagne pour s’interroger, sortir des sentiers battus, être critiques, pas à apprendre par cœur ou réciter. À questionner le monde, pas à l’imiter. Mes étudiants de Master 2 ne sont pas là pour ingurgiter des théories déconnectées, mais pour comprendre les transformations profondes des médias à l’ère numérique, les enjeux éthiques, les mutations du métier. On fait beaucoup d’ateliers pratiques, on bouge, je les invite à sortir de la classe, à aller expérimenter en s’amusant. Ils sont autonomes et responsables, et je tente de leur transmettre un peu de mon expérience, mais en vrai, c’est eux qui font le plus gros du boulot, et croyez-moi, ils sont impressionnants !
                                              La Sorbonne où elle enseigne en Master 2 de journalisme…
Et puis voilà que, la trentaine entamée, vous décidez de vous lancer dans un lourd projet dont l’ambition est de proposer la mise en place d’un nouveau système éducatif. Un concept innovant : la plateforme Acropolia Academy. Vous pouvez expliquer à nos lecteurs son principe d’apprentissage immersif ?
Acropolia Academy, c’est ma réponse à l’enfant que j’étais. C’est une plateforme éducative qui propose des parcours d’apprentissage pertinents et utiles. On y apprend ce qu’on n’a pas eu la chance d’apprendre à l’école classique justement : de comment développer sa créativité à remplir sa fiche d’impôts, en passant par le développement d’un projet entrepreneurial. On y apprend avec des vidéos micro-learning — que nous appelons CODEX – des capsules de 10 vidéos, chacune de 10 minutes maximum —, mais aussi des formations plus longues, de la réflexion guidée, et bientôt la mise en place de notre IA : Platon.ia, qui accompagnera chaque apprenant de manière individualisée, un peu comme un coach d’apprentissage.
Mais Acropolia, ce n’est pas seulement des formations en ligne. C’est toute une philosophie : celle de « construire la cité de soi, des autres et du monde ». L’idée, c’est d’en finir avec la rigidité liée à l’apprentissage, de redonner au savoir sa dimension vivante et joyeuse. Chaque apprenant devient acteur de son parcours, et non simple spectateur. Nous avons aussi une communauté de plus de 100 formateurs experts qui incarnent cette approche holistique de l’éducation et de la formation.

 « L’entreprenariat est un chemin tortueux »

 À quel(s) public(s) s’adresse-t-elle en priorité ?
À tous ceux qui ont soif de sens. Aussi bien les étudiants, les enseignants, les parents, les salariés en reconversion professionnelle, les retraités… Bref, toute personne qui a envie de mieux se connaître, se comprendre et grandir. Acropolia, ce n’est pas seulement une école — c’est une cité de la connaissance vivante. On y apprend à apprendre, mais aussi à se connaître, à collaborer, à rêver.
Nous accompagnons aussi les entreprises qui veulent former leurs salariés à faire évoluer leurs compétences de manière innovante. Nous avons vraiment développé tout un écosystème afin que tout le monde y trouve son compte. Nous avons fait beaucoup de R&D pour y arriver, ce qui nous a d’ailleurs permis d’obtenir le statut JEI — Jeune Entreprise Innovante — et la certification Qualiopi, ce qui témoigne de la qualité et de la reconnaissance institutionnelle de notre approche.
C’est en Tunisie, je crois, que vous est venue l’idée de proposer cette alternative révolutionnaire à l’éducation classique que nous connaissons depuis plus d’un siècle ?
Oui. J’étais en Tunisie à cette époque où j’avais démarré ma première expérience entrepreneuriale : je gérais avec mes associés une boîte de tech où on avait une cinquantaine de développeurs. Et mon constat était sans appel : même si ces personnes ont des compétences techniques avérées, il y a un vrai manque dans tout ce qu’on appelle softskills. J’ai donc eu envie de travailler cet aspect…
Au départ, avec quel entourage personnel ou professionnel avez-vous partagé cette idée originale et quel accueil avez-vous reçu ?
J’en ai parlé d’abord à mon mentor et associé, Mehdi, qui a un doctorat en intelligence artificielle et qui est lui-même entrepreneur. Il a cru tout de suite au projet — et il m’a surtout dit : « On va le construire.» Son expertise et son soutien ont été déterminants. Il a été le premier à croire en moi, à me suivre, et a été d’un énorme soutien jusqu’à aujourd’hui. Il a permis de matérialiser un simple projet en une réalité puissante.
Mes amis aussi ont été là. Ils ont toujours pensé que je réussirais, et même quand ils ne comprenaient pas tout ce que je faisais (allez expliquer la création de tout un écosystème ! C’est dur !), ils m’ont toujours encouragée à poursuivre. Puis j’ai eu ma première salariée, Mey, une de mes anciennes étudiantes, brillante, qui me suit depuis mes débuts, même quand tout semble difficile (l’entrepreneuriat c’est un chemin tortueux). Ensuite j’ai rencontré Aude, experte en RH et formation venue de Disney, puis JD, expert en marketing et acquisition digitale — deux autres associés qui ont aussi cru en moi et grâce à qui aujourd’hui, on est une équipe de choc
Puis j’ai commencé à constituer une communauté de formateurs et d’experts qui partageaient cette même vision. Les débuts ont été fous : beaucoup de travail, peu de sommeil, mais une foi inébranlable. L’accueil a été très positif, surtout parce que tout le monde sent que le système actuel est à bout de souffle.
Acropolia Academy (le logo officiel)
On suppose que vous avez approché des institutions traditionnelles, lesquelles sont en général frileuses face à ce type de changement ?
Oui, certaines institutions sont prudentes, et c’est normal. Le changement fait peur, surtout dans l’éducation où les enjeux sont si importants. Mais plutôt que de me heurter à ces résistances, j’ai choisi de prouver par l’exemple. Obtenir le statut JEI et la certification Qualiopi nous a donné une légitimité institutionnelle. Et nos partenariats avec de grands groupes démontrent que notre approche fonctionne. C’est comme ça qu‘Acropolia a commencé à collaborer avec ces entreprises. L’éducation est un sujet universel. Quand elle devient une aventure collective, les portes s’ouvrent. Le changement se fait progressivement, par la démonstration plus que par la confrontation.
Après un peu moins de quatre ans d’existence, quel bilan tirez-vous et comment mesurer son efficacité auprès du public ? Ou bien est-ce un peu tôt ?
Je dirais que c’est un bilan plein de promesses. Nous avons construit par nous-mêmes une plateforme solide, nous travaillons avec des clients prestigieux et une communauté d’experts engagés. On communique très peu mais ça va changer en 2026. C’était un choix de ma part : je préfère travailler de manière à construire de solides fondations puis ensuite mettre la lumière sur ce qu’on a fait. Jusqu’à présent on a surtout formé avec les entreprises, mais à partir du début 2026, on s’ouvrira davantage au grand public et j’espère bien que vous entendrez parler de nous.
Mais ce que je peux dire c’est que je vois clairement un mouvement naître : celui de personnes qui veulent transmettre mais aussi apprendre autrement, avec plaisir et conscience. Alors oui, c’est encore jeune, mais le cap est clair. Acropolia c’est une course de fond.

« Dans Acropolia l’IA est une brique d’accompagnement, pas une poutre »

Quelle place occupe l’intelligence artificielle dans la plateforme Acropolia Academy ?
Alors l’IA est une brique d’accompagnement au sein d’Acropolia, pas une poutre. On l’imagine au service de l’apprenant sous forme d’assistant capable d’accompagner la personnalisation du parcours. En gros, dans notre prochaine version de la plateforme d’Acropolia, vous arrivez sur la plateforme, vous faites un test de personnalité qui permet d’identifier vos préférences d’apprentissage, puis vous intégrez une maison (un peu à la Poudlard). Vous vivez une vraie expérience individualisée.
Êtes-vous, comme une partie des élites, une partisane inconditionnelle de cette technologie ou bien gardez-vous un esprit critique et une forme de prudence sur les excès qu’elle peut provoquer dans nos sociétés du 21e siècle ?
Je suis une partisane lucide. Mon background en journalisme m’a appris à garder un esprit critique. L’intelligence artificielle est un outil fabuleux qui fait gagner du temps sur de nombreuses tâches, mais est clairement dangereux si elle se coupe du sens. L’IA peut servir l’humain ou l’asservir. Tout dépend de l’intention et de l’éthique avec lesquelles on l’utilise.
Si on garde l’humain au centre, l’IA peut nous faire grandir. Mais si on la laisse diriger nos émotions, nos choix ou nos valeurs, avoir une quelconque influence sur nous, comme c’est déjà le cas auprès de certaines personnes, alors oui, ce sera un désastre. Je reste vigilante face aux dérives possibles : la surveillance, la déshumanisation, la standardisation. Chez Acropolia, nous avons bien évidemment fait le choix d’une IA qui accompagne, pas qui remplace.

              Une dirigeante d’entreprise à l’écoute et qui sait s’entourer 
J’aimerais maintenant faire découvrir à ceux qui ne vous connaissent pas encore la femme que vous êtes. Si je dis que votre caractère le plus visible et appréciable, c’est un comportement toujours chaleureux, une vraie bonhomie et une capacité d’écoute formidable. Suis-je dans le vrai ?
J’espère que oui ! Merci de me voir comme ça. Je pense qu’effectivement je suis plutôt le genre de personne à paraître « sympa » au premier abord. J’essaie toujours d’être ouverte, de bien accueillir mon prochain, j’aime qu’on se sente à l’aise avec moi. Et pour l’écoute, je dois l’avouer, c’est peut-être ma plus grande qualité. Je passe beaucoup de temps à écouter les autres en essayant de me connecter à eux. D’écouter le visible mais aussi l’invisible dans les mots et dans les silences. Et enfin, j’aime rire. Le médicament du monde !

« Pour se comprendre, il faut comprendre l’autre »

 Où puisez-vous cette empathie et cette ouverture d’esprit ? Un héritage familial ?
Héritage familial et culturel je dirais. Je viens d’une famille méditerranéenne où l’on parle fort, où les émotions débordent, où tout est excessif, la colère comme la joie. La chaleur et l’ouverture, je les ai héritées de mes racines, de cette culture où l’on accueille, où l’on partage, où l’on prend le temps d’être avec l’autre. Quand on a une double culture, on apprend très tôt à naviguer entre différents mondes, à comprendre plusieurs perspectives.
L’empathie, je l’ai développée au fil des années. Déjà à la lumière de ce que je vivais dans ma propre vie, j’ai appris à avoir de l’empathie pour moi-même. Mais aussi et surtout en écoutant les autres humains. J’ai rencontré énormément de gens touchants, bouleversants, des gens différents de moi, différents de ma culture, de mes croyances. Et mon constat est sans équivoque : pour se comprendre, il faut comprendre l’autre. Il faut accueillir l’autre dans sa singularité, chercher l’unité derrière la diversité.
 Vous avez toujours baigné dans une double atmosphère : la France où vous êtes née et la Tunisie, le pays d’origine de vos parents, où vous avez beaucoup séjourné. En somme, vous êtes une Méditerranéenne authentique…
Totalement. Je suis faite de deux mers, deux soleils, deux cultures. La France m’a beaucoup donné. Déjà une langue que j’adore. Un accès à une culture incroyable, une structure, une rigueur, de l’exigence intellectuelle. La France c’est un peu mon père. La Tunisie m’a offert la chaleur, la foi, la beauté du désordre et la poésie du quotidien. Je me sens profondément méditerranéenne : ancrée dans le réel, mais toujours tournée vers la lumière. Cette mer intérieure a toujours été un pont entre les civilisations, un espace de dialogue et d’échanges. Je porte en moi cette richesse du métissage. C’est une identité mouvante, mais apaisée.

« La maternité m’a réconciliée avec la vulnérabilité 

 Il y a quelques jours, vous me disiez, en off, qu’actuellement vous sentez un besoin pressant de mener une vie certes active et créative, mais dans le calme et la sérénité et si possible avec une part de lumière en prime.
C’est exactement ça. Je crois qu’après des années à courir, à créer, à construire à Paris, j’ai envie de douceur. La lumière, pour moi, ce n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Je ne cherche pas la réussite extérieure, je cherche la clarté intérieure. J’ai besoin d’un espace où je peux respirer, travailler en paix, méditer, faire de longues balades, et être loin du bruit et de la pollution. Et puis surtout voir grandir mon fils et sentir que chaque jour a du sens. C’est ce que nous appelons la « slow life ». Non pas ralentir par renoncement, mais choisir un rythme plus conscient, plus respectueux de notre humanité.
Esma a une tendresse particulière pour le bleu de la Méditerranée et la blancheur des cités tunisiennes. Couleurs inspirantes du pays de ses origines ( photo DR)
Est-ce un appel de la Grande Bleue pour la Méditerranéenne que vous êtes ?
(Rires) Oh que oui. Je crois que la mer et la nature d’une manière générale m’appellent toujours. La lumière méditerranéenne nourrit l’âme, à cette proximité avec la nature, à ce rythme plus humain. Et je sens déjà que ce changement sera fondateur : un retour à la simplicité, à l’essentiel, à la beauté nue des choses. J’aime vivre entre tradition et modernité, entre spiritualité et créativité. Et justement, pour développer ma créativité et continuer ce projet que je porte, j’ai besoin d’un environnement qui inspire la sagesse. Donc en ce moment, je prépare mes valises.
La naissance de votre premier enfant, il y a moins de deux ans, est-elle pour quelque chose dans cette envie ?
Oui, énormément. La naissance de mon fils a tout changé. Il m’a reconnectée à l’amour pur, celui qui ne demande rien. Quand je le regarde, je me dis :«C’est pour lui que je veux un monde meilleur.» Et c’est aussi pour lui que j’ai envie de ralentir, d’être là, vraiment là. Je veux qu’il grandisse entouré de nature, dans un environnement où l’on prend le temps de vivre, où les relations humaines sont authentiques. Je veux lui transmettre cette sagesse méditerranéenne, cette ouverture au monde, mais aussi lui offrir la stabilité et la sérénité d’un ancrage profond. La maternité m’a réconciliée avec la vulnérabilité. Elle m’a appris la patience et la gratitude. Il grandit tellement vite, et chaque jour avec lui me confirme que je fais le bon choix.

«J’apprécie beaucoup le courage d’être soi-même »

Vous-même, quel enfant, fille, sœur étiez-vous ?
Quand je pose la question aux membres de ma famille, de comment ils me perçoivent, les réponses me touchent et me font rire. Il faut savoir que j’ai 5 frères et sœurs. Une famille nombreuse, et nous sommes tous très proches même si on se voit peu. On s’aime énormément. Certains d’entre eux vous diront que j’étais gentille, attentionnée, que je débordais d’imagination et que je leur proposais de nombreuses activités. Ils disent tous de moi que j’étais une enfant têtue et ça me fait beaucoup rire. Je dirais que j’étais plutôt déterminée ! J’étais une enfant chaleureuse, affectueuse et espiègle selon ma mère. Une artiste selon d’autres.Pour ma part, je dirais que j’étais très sensible et très ouverte au monde. Pleine d’idées et d’optimisme.
Quelles sont les qualités que vous appréciez chez les autres et les défauts qui peuvent vous être insupportables ?
J’aime les gens profondément gentils et généreux. Pour moi ce sont les qualités qui ont le plus de valeur. Quand on donne sans compter, qu’on aide, qu’on ne juge pas.J’apprécie aussi beaucoup le courage d’être soi-même dans un monde qui veut souvent uniformiser les gens.Je déteste les gens qui disent « j’ai trop de caractère » pour justifier leurs actes et leurs méchancetés. Je n’aime pas non plus les gens qui dénigrent les autres, qui jugent, qui se croient supérieurs. J’ai en horreur les gens menteurs et ceux incapables de rire d’eux-mêmes. La mesquinerie, la mauvaise foi. Ça fait beaucoup non ?

Vous êtes une passionnée de théâtre, vous avez une belle plume et vous aimez écrire des nouvelles, que j’ai eu l’honneur de lire et d’apprécier. Avez-vous des projets à venir en littérature ?
Merci pour ces mots qui me touchent beaucoup. Oui j’adore le théâtre ! J’en fais d’ailleurs en amateur. L’an dernier j’ai joué dans une adaptation moderne des Femmes Savantes de Molière, j’ai pris tellement de plaisir à me délecter des répliques en alexandrins. La compagnie à laquelle j’appartiens, la Jayann’act, m’a beaucoup apporté humainement et personnellement (c’est une compagnie de théâtre solidaire, menée par Anne-Laure Teboul, une brillante metteuse en scène, comédienne et auteure).
Pour l’écriture, j’écris depuis toujours, c’est mon refuge. L’écriture reste une passion qui me nourrit, un espace d’exploration intime. Le problème, c’est que je n’écris que des débuts d’histoire ou de courtes nouvelles. Je crois que j’ai de quoi constituer un livre entier que de débuts ! Mon écriture manque encore de maturité, de discipline et de souffle sur la durée. J’écris surtout quand ça déborde d’émotions chez moi. Je ne sais pas si un jour je sortirai quelque chose, ça serait une très belle réalisation. Comme j’aurai bien plus de temps pour moi les prochains mois, je me dis que ça serait peut-être le bon moment d’être plus sérieuse sur le sujet.
Quelle place occupe la (les) musique(s) dans votre vie ?
Immense ! Je vis en musique. Il y a toujours un fond sonore chez moi. Je fais énormément de concerts (c’est d’ailleurs ma sortie préférée avec un bon resto). J’adore la vibration ressentie dans une salle de concert. La joie partagée. J’ai vu énormément d’artistes que j’admire. J’ai des goûts très éclectiques qui reflètent ma diversité intérieure je pense.
Qu’écoute Esma quand elle est triste et quand elle est dans la joie ?
Quand je suis triste : Léo Ferré et Brel (je suis rarement triste, je dirais plutôt quand je suis mélancolique).
Quand je suis heureuse : oula ! Ça passe de Dalida, à Michael Jackson, à du Rock, en traversant la musique orientale. Tout ce qui peut me faire danser et me donne envie de célébrer la vie !
Et le sport dans tout ça. Quelle place occupe-t-il (ou pas) dans votre vie ?
Il occupe enfin une vraie place ! J’ai longtemps boudé le sport en salle (même si je bouge beaucoup, je danse, je fais énormément de randonnées) jusqu’à trouver le coach parisien qui m’a fait changer d’avis. J’essaie d’y aller régulièrement, pas pour la performance, mais pour l’énergie que ça libère. Bouger, c’est une manière de revenir dans le corps surtout quand on vit beaucoup dans sa tête. Je pense qu’on devrait tous faire une activité physique afin de maintenir une belle énergie nécessaire à nos projets de vie.
 Pour finir, que peut-on vous souhaiter de meilleur à quelques semaines du début d’une nouvelle année ?
De la paix, surtout de la santé, et de passer un maximum de temps avec ceux que j’aime. Me souhaiter aussi une lumière douce sur tout ce que j’entreprends. Que Acropolia continue à grandir et à toucher de plus en plus de vies. Et puis de continuer à créer, à aimer, à rire, à croire en la beauté du monde. Que je continue à cultiver cette capacité d’émerveillement qui fait de chaque jour une opportunité d’apprendre et de créer. J’ai beaucoup de souhaits !
@Propos  recueillis par Fayçal CHHAT

LES PRÉFÉRENCES D’ESMA
Votre livre : L’élégance du hérisson
Votre filmJeux d’enfants
Votre sérieKilling Eve
Votre chansonLaissez-moi danser de Dalida
Votre ville : Londres
Votre peintre : Dalí
Votre acteur : Tom Hanks
Votre actrice : Marion Cotillard
Votre parfum : Ambre Sultan, Serge Lutens
Votre sport : Danser
Votre talent caché : Convaincre
Votre voyage inoubliable : Je sens que c’est celui que je m’apprête à faire dans quelques jours, un voyage sur les pas de Rûmi, d’Istanbul à Konya.

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