Italie:Le féminicide peut valoirla réclusion à perpétuité

En Italie, les parlementaires n’ont pas tremblé en cette fin du mois de novembre lorsqu’ils ont été appelés à voter une proposition introduite dans le code pénal italien qui rend le féminicide passible de la réclusion à perpétuité. Le vote exprimé s’est fait à l’unanimité en recueillant 237 voix pour et aucun vote contre.Il faut rappeler que le texte proposé par le gouvernement avait déjà reçu l’aval du Sénat au coeur du printemps 2025 . Le nouvel article met en avant « une catégorie particulière d’homicide basée « sur les caractéristiques de la victime« .
En effet, désormais: « L’article 577 bis, paragraphe 1 du Code pénal (…) punit de la réclusion à perpétuité les actes ayant pour but de causer la mort d’une femme, par discrimination, haine ou violence, ainsi que par des actes de contrôle, de possession ou de domination sur la victime en raison de son sexe, ou le meurtre commis en lien avec le refus de la femme d’établir ou de maintenir une relation affective, ou comme atteinte à ses libertés individuelles».
L’Italie élargit donc le spectre de la sanction qui se limitait jusque-là aux « circonstances aggravantes en cas « d’homicide d’une femme, mais seulement si son auteur est marié ou a un lien de parenté avec la victime. »
Très engagé sur ce thème qui endeuille lourdement, et chaque nouvelle année judiciaire un peu plus que la dernière, la Présidente du Conseil des ministres a été l’un des premières à se féliciter de ce pas en avant éminemment important dans la la bataille féroce à mener contre les violences faites aux femmes.: « Je me réjouis de l’adoption à l’unanimité au Parlement du projet de loi gouvernemental qui introduit le crime de féminicide, a confié Giorgia Meloni dans un message vidéo partagé sur les réseaux sociaux, c’est un signe important de cohésion politique contre la barbarie et les violences faites aux femmes. Il s’agit d’un instrument supplémentaire important pour défendre la liberté et la dignité de chaque femme« .
Cependant, en Italie beaucoup restent conscients que la bataille ne pourra pas être gagnée en en ne comptant que sur la punition et l’embastillement. Après le procès historique qui a suivi le meurtre de Giulia Cecchettin, et enflammé l’Italie comme un brasier, son père, Gino, a eu la force et le courage de rappeler après la lecture du verdict que « la violence de genre ne peut pas être combattue avec des peines (de prison, ndlr) mais avec de la prévention ».
Il fait rappeler qu’en Europe, tous les pays n’avancent pas avec la même vitesse et la même vigueur et rigueur dans la lutte contre les nuisances terribles dont souffrent les femmes dans des sociétés encore placées sous la tutelle d’un patriarcat qui ne lâche pas tout à a fait sa pression.
En adoptant cette nouvelle loi qui promet des sanctions maximales, l’Italie fait désormais partie d’un cercle hélas très fermé de pays européens vraiment intransigeants dans le domaine répressif. En effet, dans l’espace de l’Union Européenne, seuls Malte et la Croatie « ont introduit une définition juridique du féminicide dans leur code pénal« .
Sans oublier cependant l’Espagne qui est incontestablement le pays le plus engagé et le plus cohérent dans la bataille et ce depuis quelques lustres. Les autorités de Madrid ne se contentent pas de durcir l’arsenal législatif.Elles ont multiplié les moyens de protection tant sécuritaire qu’une offre de services précis et accessibles à toutes le femmes mises en danger par leur conjoint, un membre de leur femme ou un inconnu.
En pays ibère, l’accélération du mouvement de défense des droits des femmes avait aussi été déclenchée par un fait dramatique ayant traumatisé l’opinion. C’était le 17 décembre 1997 avec l’assassinat horrible d’Anna Orantes (brûlée vive) par son mari (José Parejo) après qu’elle eut témoigné quelques jours plus tôt de son calvaire dans l’émission « De tarde en tarde » sur la chaine de TV publique andalouse Canal Sur et crée une grande émotion dans tout le pays, qui va bouleverser la donne.
Ce drame réveilla les consciences et poussa l’Etat a prendre ses responsabilités avec la création en 1999 de l » ‘orden de alejamiento » ( ordonnance d’éloignement ) puis quatre ans plus tard d’un » orden de protección » ( ordre de protection). Le 28 decembre 2004, le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero met en place la Loi organique de Mesures de Protection intégrale contre la Violence de Genre (Ley Orgánica de Medidas de Protección Integral contra la Violencia de Género, souvent appelée LIVG ou VioGen).En 2007, » les conjoints accusés de violences peuvent ainsi être sommés de porter un bracelet électronique anti-rapprochement. En 2020, pas moins de 25 000 personnes ont été concernées par cette mesure.
L’Italie aujourd’hui, comme l’Espagne il y a 28 ans, appelle en même temps à une révolution culturelle, sociale et économique ( dont une égalité totale des droits) pour espérer enfin et VRAIMENT pacifier l’environnement des femmes dans la société.
@Fayçal CHEHAT
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