Emel Mathlouthi: la genèse de «Kelmti horra»
Alors qu’elle est installée aux Etats-Unis depuis dix ans, dans cette « Big Apple » qui ne dort jamais, la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi s’est forgée une réputation internationale. Rappelons qu’elle s’était faite connaître pendant la « Révolution du jasmin » qui a démarré en Tunisie à l’automne 2011. Avant d’essaimer dans la région .
En effet, sa chanson « Kelmti horra » – Ma parole est libre« , porte drapeau de son premier album (2012) avait envahi comme une trainée de poudre son pays mais aussi une bonne partie de l’Afrique du Nord durant ce qui fut appelé » Le Printemps arabe ».

Kelmi Horra : sa première chanson mise en musique
Puis vint le temps de l’exil qui l’emmena de la Tunisie à la France puis aux Etat-Unis . Avec un envol de sa créativité concrétisée par quatre albums successifs. « Ensen » (2017), Verywhere We Looked Was Burning ( 2019), « The Tunis Diaries » (2020) et dont le dernier, »Mra » (2024), entièrement dédié à la condition des femmes. Un élan musical qui lui a permis de faire des rencontres multiples et variées avec d’autres icônes internationales tels David Bowie, Nirvana, Lenoard Cohen… Bien dans sa peau de chanteuse, auteure de textes puissants, musicienne pétrie d’une réelle expérience de la scène, la native de Tunis n’a renié aucun de ses premiers engagements.
Dans un récent long entretien accordé au magazine américain Democraty Now et mené par la tonique intervieweuse Amy Goodman , Emel Mathlouthi est longuement revenue sur la génèse de cette chanson qui lui avait ouvert les portes de la renommée : » « Kelmti Horra » a été la première chanson que j’ai mise en musique. C’était un poème d’Amine Al Ghozzi. Je me souviens qu’on était encore en Tunisie, complètement perdus, essayant de comprendre le chaos qui régnait dans la chanson. Il m’a tendu un petit bout de papier. Pendant longtemps, je me suis retrouvée avec une musique sans paroles. Pendant longtemps, je n’ai pas trouvé de musique pour ces paroles. Et puis un jour, ce fut comme une illumination. Les deux se sont immédiatement accordés à merveille. »
Et la chanteuse de fouiller dans sa mémoire : « Je me souviens de la première fois où je la chantais et la composais dans ma minuscule cuisine, dans mon minuscule studio à Tunis. Je l’ai tout de suite imaginée en rêve. J’étais seule. Personne ne l’avait jamais entendue. Mais je l’entendais déjà avec un grand chœur et un grand orchestre. J’ai toujours eu l’impression que c’était comme un hymne, un chant, un hymne. J’ai toujours pensé que cette chanson allait rassembler tout le monde. Et bien sûr, j’étais loin de me douter de ce qu’elle allait devenir.
- « Mra « , le dernier album paru en 2024.
« En fait, j’ai écrit cette chanson pour la première fois en 2007. Puis, quand je suis partie pour Paris, je l’ai chantée pour la première fois place de la Bastille. Il y avait un grand concert. Et cette performance, je crois, a fait le tour du monde. D’après ce que les gens m’ont dit, je pense qu’elle a donné de l’espoir à beaucoup de gens et leur a aussi donné la force de croire vraiment que la liberté est possible et que nous pouvons être des êtres humains libres, capables de décider par nous-mêmes. Alors, la chanson est restée un peu dans l’ombre, se faisant discrètement connaître, jusqu’à ce jour fatidique où je me suis retrouvée dans la rue. Mon amie Leila Ben Debba, l’avocate, m’a prise par la main et m’a dit : « Tu dois la chanter ici pour nous, pas en France, ici et maintenant.» Et je l’ai fait.’
Pour mémoire, les organisateurs suédois de la remise du Prix Nobel de la Paix 2015 avait invité Emel Mathlouthi à venir chanter « Kelmti Horra » devant un parterre d’invités venus des quatre coins de la planète. Un public conquis à l’avance, tellement cette chanson, cet hymne, avait conquis les coeurs.
@Fayçal CHEHAT
Lien: https://www.democracynow.org/2025/10/16/tunisian_american_artist_emel_mathlouthi_on.

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